Trois articles censurés, aucune justification, aucune réponse… [puis une suspension d’un mois pour « offense à M. Plenel »].

Article épinglé en haut du blog pendant toute la durée de mon bannissement d’un mois sur Mediapart, qui dure depuis… 1 mois et 4 jours (26 janvier – 1er mars) !

Suite à la publication de mon billet dénonçant la suppression injustifiée de trois de mes articles (ou plutôt leur « dé-publication », pour reprendre ce néologisme pudibond et orwellien), j’ai provisoirement cessé mes publications sur Mediapart. Je souhaitais donner à cet article le maximum de visibilité plutôt que de le faire disparaître sous le flot auparavant quotidien des nouvelles publications, et accessoirement donner l’opportunité à Mediapart de réagir à mes demandes d’éclaircissements.

Ces trois articles concernaient l’ingérence occidentale en Syrie (un article d’une rigueur toute universitaire, comportant pas moins de 66 notes de bas de page issues des médias mainstream occidentaux les plus prestigieux), les affres des adolescent(e)s transgenres (article rédigé par un militant transgenre) et les accusations contre Joe Biden, pudiquement ignorées par les médias.

J’ai également envoyé ce message courtois à Edwy Plenel, à la Rédaction de Mediapart et au Club Mediapart :

Mediapart - Plenel

Sans surprise, je n’ai reçu aucune réponse.

Comme le dit un proverbe polonais, « Le silence est également une réponse. »

Cela en dit long sur le respect de Mediapart pour la liberté d’expression, pour sa propre Charte (violée par une suppression arbitraire et sans préavis), et pour ses abonnés payants. On croirait le Méprisant de la République vis-à-vis de ses sujets, les « 66 millions de procureurs ».

Le mépris de Plenel pour l’Agence Info Libre s’explique-t-il par leur publication des révélations de Roland Dumas à son sujet ?

Cela n’empêche pas M. Plenel de pourfendre la Russie (qui refuse de traiter l’insignifiant Navalny comme un citoyen au-dessus des lois), de se livrer à des joutes verbales sur Twitter pour des sujets triviaux mais « à la mode », et de se poser en héraut de la liberté de la presse (après avoir publié des articles honteux qui reprennent les éléments de langage de la cabale contre Assange).

Quoi qu’il en soit, mon article ayant reçu 86 commentaires et 31 recommandés sur Mediapart, un record absolu qui pulvérise les statistiques précédentes (et rivalise avec les articles de Mediapart), l’attente n’était pas vaine. J’ai également reçu beaucoup de messages de soutien en privé, faisant état d’une frustration partagée vis-à-vis de cette plateforme jadis réputée.

Je vais donc reprendre la publication de mes articles sur Mediapart, en attendant le prochain acte de censure maintenant inévitable. Et je rappellerai systématiquement, en fin d’article, ce comportement douteux de Mediapart.

Le Cri des Peuples

***

J’ai reproduit ci-dessus le bref article que j’ai publié ce matin sur mon blog Mediapart. Il a été rapidement supprimé, Mediapart ne souhaitant manifestement pas lui laisser la moindre de chance de recueillir autant de soutien que le précédent, ce qui était probable étant donné les premières réactions que j’ai pu voir.

Erreur 410

J’ai reçu un nouveau message de dé-publication du Club de Mediapart (qui ne répond jamais aux messages, mais a le couperet facile), m’informant de ceci :

Suspension

Voyant la longueur du message, j’ai un instant cru que j’avais enfin obtenu une réponse détaillée à mes questions, mais l’illusion fut de courte durée : il s’agit d’un simple copier-coller de la Charte de Mediapart, recensant toutes les exceptions légales au droit de la presse, sans la moindre sélection ou explication articulée qui montrerait en quoi les articles censurés auraient violé tel ou tel interdit. Au lieu de répondre à mes demandes de précision, Mediapart préfère la fuite en avant dans le flou le plus total. C’est un acte d’une malhonnêteté et d’une lâcheté extrêmes (remarquez que cette oukase semble se défausser dès le début, imputant la responsabilité initiale des « dé-publications » à des signalements anonymes d’abonnés), qu’on attendrait plus de la part d’un lycéen boutonneux et frustré à qui on aurait accordé un quelconque pouvoir que d’un prétendu média libre et respectueux du droit, de la liberté d’expression et de ses lecteurs.

Remarquons aussi l’absurdité extrême à laquelle l’impuissance argumentative pousse Mediapart : si j’avais vraiment publié des « propos à caractère raciste, xénophobe, révisionniste, négationniste », des déclarations assimilables à de la « provocation à la violence, au suicide, au terrorisme et à l’utilisation, la fabrication ou la distribution de substances illégales ou illicites », à de la « provocation, apologie ou incitation à commettre des crimes ou des délits et plus particulièrement des crimes contre l’humanité » et même des « contenus pédo-pornographiques » (est-ce une référence à ces photos officielles de Joe Biden censurées par Twitter ?), aurai-je dû être censuré partiellement, banni un mois ou signalé à la justice et mis en examen ?

Et si je ne suis pas accusé de tout cela, pourquoi ne pas se contenter de cibler les violations dont je me serais rendu coupable et de les expliciter pour rendre l’avertissement intelligible, plutôt que de vouloir noyer le poisson ? Pourquoi ne pas répondre à mes requêtes en amont qui visent à s’assurer que telle publication ne sera pas considérée comme une violation de la Charte ? Cette opacité est à mes yeux un indice clair que malgré l’absence évidente de justifications à ces actes de censure répétés, mon bannissement total a déjà été décidé en haut lieu, et que ce n’est qu’une question de temps : Mediapart se livre à un véritable simulacre de justice, où l’accusé n’a pas le droit à la parole, et où le procureur n’a même pas besoin de spécifier le crime commis, ni avant, ni après la publication, afin de me laisser complètement désorienté et impuissant.

Les premières lignes de mon article Kafka 2.0 : comment s’exerce la censure politique sur Youtube me viennent à l’esprit :

« On avait sûrement calomnié Joseph K., car, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin. » Ainsi commence Le Procès, œuvre de Franz Kafka de 1925, dans laquelle Joseph K., employé de banque sans histoires, est arrêté à son domicile par de mystérieux agents et notifié d’une procédure judiciaire engagée à son encontre. Il n’est pas informé du délit ou crime dont il se serait rendu coupable –on lui laisse seulement entendre qu’il aurait enfreint une loi inconnue–, et se voit remettre une convocation au tribunal un certain jour, sans que l’heure ou le lieu exacts soient indiqués. Le protagoniste est entrainé dans un engrenage complètement absurde, balloté entre inspecteurs, huissiers, avocats et juges, et ne sachant à aucun moment de quoi ou contre qui il doit se défendre. Il est finalement exécuté par trois bourreaux distingués qui, avec d’ « horribles politesses », lui plantent un couteau de boucher dans le cœur.

Il faudra bientôt écrire une nouvelle oraison funèbre, celle de mon blog Mediapart. Et comme l’ont fait remarquer des abonnés dans les commentaires, Mediapart devrait procéder à un remaniement de sa Charte de déontologie, et jeter aux oubliettes la fausse prétention selon laquelle « Mediapart est aussi un club participatif. Toute opinion peut s’y exprimer, y compris en désaccord avec la ligne éditoriale du journal. »

Il me parait clair que c’est surtout la dénonciation d’Edwy Plenel qui a déplu : car malgré la gravité des délits et crimes allégués que je viens de mentionner, c’est bien par le respect dû à M. Plenel que Mediapart commence, rappelant qu’il est interdit de recourir à des « Insultes, invectives, injures, harcèlement, dénigrement et propos de nature diffamatoire, envers tout contributeur comme envers Mediapart et sa rédaction. […] Sera considéré comme du dénigrement toute contribution ayant pour objet d’attaquer la réputation d’un participant, de médire sur son compte, d’en parler avec malveillance, et de manière répétitive. » Je suis prêt à parier qu’aux yeux de ces preux censeurs anonymes, rien que le titre de l’article et la photo d’illustration constituaient déjà des « Insultes, invectives, injures, harcèlement, dénigrement et propos de nature diffamatoire », autant de crimes de lèse-majesté passibles de l’arrêt de mort expéditif qui a frappé mon article, et ce avant même son contenu somme toute inoffensif. Car mon article ne comporte aucune insulte, injure, harcèlement ou diffamation à l’encontre de M. Plenel et de ses employés, et il ne fait que pointer du doigt, par des termes mesurés, la part d’ombre et les contradictions de Mediapart. Il est donc tout bonnement interdit de critiquer M. Plenel ! Le « fait du prince » à l’état pur, comme le disait un commentaire que je n’ai pas eu le temps de sauvegarder.

Remarquons enfin l’ironie de se voir donner des leçons de « respect et politesse » par des gens qui violent leur propre Charte, censurent arbitrairement sans la moindre justification (ni a priori ni a posteriori) et ne prennent même pas la peine de répondre aux demandes les plus courtoises.

Je suis donc banni pour un mois de Mediapart, ne pouvant bien sûr plus rien y publier. Et je me vois également interdit de toute participation sur le site, ayant été privé de la possibilité de publier des commentaires sur d’autres articles. Même ma « messagerie » interne me permettant d’échanger avec les autres membres de Mediapart est désactivée, si bien que je ne peux pas alerter mes contacts. Et les lecteurs n’ont aucun moyen de savoir si j’ai pris des vacances ou si je suis censuré, alors que Mediapart pourrait aisément indiquer la suspension et ses motifs allégués sur les comptes bloqués —s’il n’avait rien à cacher. Quand Mediapart vous fait taire, c’est pour de bon : internement au Goulag, et au secret ! Vous n’existez même plus ! Une hybris digne des Google, Facebook et autres Twitter.

Je considère ce châtiment comme une quatrième médaille que me décerne Mediapart, pour reprendre les mots de solidarité d’un ancien abonné désabusé. Je ne répondrai évidemment pas à l’invitation finale de résilier mon abonnement, ce qui serait rendre service à Mediapart : je préfère rester jusqu’à ce que ces apologistes des groupes terroristes en Syrie, thuriféraires de Biden, pourfendeurs d’Assange & admirateurs du folliculaire Navalny se démasquent tout à fait. Je continuerai à y publier dès que je le pourrai, et je dénoncerai inlassablement leurs abus.

Le Cri des Peuples

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