Macron se présente comme le sauveur du Liban, prêt à remodeler le système du pays selon les desiderata du FMI

Source : RT, le 9 août 2020

Traduction : lecridespeuples.fr

Le Président français Emmanuel Macron a rassemble une pléthore de donateurs internationaux pour soutenir le Liban et a promis que l’avenir du pays « est en train d’être décidé maintenant ». Le leader français, semble-t-il, serait celui qui prendrait les décisions.

Plus de 150 personnes sont mortes, et des milliers d’autres ont été blessées à la suite d’une explosion chimique dévastatrice dans la capitale de Beyrouth mardi. Alors que la colère à l’encontre des gouvernements libanais successifs grandit [une colère largement manipulée par les ambassades occidentales et leurs fidèles vassaux des Forces libanaises du criminel de guerre Samir Geagea et du Parti socialiste progressiste de l’opportuniste à la botte de Washington Walid Joumblatt], trois ministres et neuf députés ont démissionné, et des foules de manifestants enragés ont pris d’assaut les bâtiments gouvernementaux, [dans une tentative apparente de détruire des dossiers relatifs à la corruption], et ont exigé la démission totale du gouvernement du Premier ministre Hassan Diab [un vide de pouvoir ne serait certainement pas dans l’intérêt d’un pays sinistré, et vise à entraver l’enquête qui pointe du doigt les adversaires politiques du Hezbollah, qui ont occupé les Ministères clés jusqu’à 2019 ; ce gouvernement qui vient tout juste d’entrer en fonctions ne peut être responsable d’une tragédie façonnée depuis 2013].

Le Président français Emmanuel Macron s’est jeté dans cette mêlée. A la tête d’une conférence de donateurs d’aide dimanche [à laquelle l’Iran a refusé de participer, dénonçant la politisation du drame], Marcon a expliqué ses « nobles » objectifs. « L’avenir du Liban est en train d’être décidé maintenant », a-t-il déclaré, ajoutant que l’argent de l’aide serait distribué « rapidement et efficacement » et serait accompagné d’une enquête impartiale sur l’explosion, qui, selon les responsables, a eu lieu lorsqu’une réserve de 2 700 tonnes de nitrate d’ammonium a pris feu. (Il a appelé à une enquête internationale, rejetée catégoriquement par le Président libanais comme une manœuvre dilatoire et politisée, comme l’a bien prouvé le Tribunal Spécial pour le Liban chargé d’enquêter sur l’assassinat de Hariri en 2005, et qui n’a envisagé comme coupables potentiels que la Syrie et le Hezbollah ; son verdict devrait être rendu ce mois-ci.)

Macron s’est également permis d’appeler le gouvernement à tenir compte des demandes des manifestants de Beyrouth [qui sont loin d’être représentatifs de l’opinion publique, la coalition au pouvoir ayant la majorité des suffrages], ce qui, en l’occurrence, impliquerait de renoncer au pouvoir.

Le peuple libanais est libre et souverain. Il appartient aux autorités du pays d’agir de manière à empêcher le Liban de s’effondrer et de répondre aux aspirations exprimées par le peuple libanais en ce moment même, légitimement, dans les rues de Beyrouth. (Twitter)

L’avenir du Liban, a-t-il dit, serait décidé « par le Liban lui-même ». Pourtant, le dirigeant français a apparemment jugé bon de s’ingérer dans ce processus décisionnel, alors même que la poussière n’était pas encore retombée sur Beyrouth.

Arrivé jeudi dans la ville dévastée par l’explosion, Macron s’est entretenu avec des manifestants dans la rue, qui ont scandé « révolution ». Alors que la foule implorait l’aide du Président français, Macron a fait une promesse claire : il proposerait un nouvel « accord politique » aux dirigeants du pays qui font face à une situation difficile. Si l’accord échoue, il a déclaré qu’il reviendrait en septembre pour assumer lui-même la « responsabilité politique ».

La soif de changement de Macron est allée plus loin que de vagues déclarations. En plus de réclamer un nouvel « ordre politique » au Liban, il a appelé à l’audit de la banque centrale du pays et a demandé à la Banque mondiale, au Fonds monétaire international et aux Nations Unies de superviser la reprise du pays.

L’intérêt du Président français pour la construction d’une nation n’est pas sans précédent. Le Liban était autrefois un protectorat de la France, placé sous mandat français après la dissolution de l’Empire ottoman après la Première Guerre mondiale, avant que l’indépendance ne lui soit accordée après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, l’appel par Macron à la « communauté internationale » et aux institutions financières supranationales du monde indique qu’il voit l’avenir du Liban non pas tout à fait comme un vassal français, mais comme un client docile de l’ordre mondial libéral, qu’il a déjà défendu avec ferveur.

La tentative de Macron de ramener le Liban dans le giron de l’Occident a probablement été rendue urgente par l’appel du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah plus tôt cette année pour que le pays « regarde vers l’est » et se tourne vers la Chine, et non vers le FMI, pour obtenir un secours économique. « Les entreprises chinoises sont prêtes à injecter de l’argent dans ce pays », a-t-il déclaré en juin. « Je dis au peuple libanais qu’il existe des alternatives [à l’Occident néo-colonial]», a-t-il ajouté.

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Au milieu d’un changement géopolitique potentiel, les États-Unis ont également jeté leur poids derrière les manifestants. Le Président Donald Trump a « reconnu dimanche les appels légitimes des manifestants pacifiques à la transparence, à la réforme et à la responsabilité », selon un communiqué de la Maison Blanche. Le 8 août, l’ambassade américaine au Liban a encouragé les manifestants en tweetant : « Le peuple libanais a trop souffert et mérite d’avoir des dirigeants qui les écoutent et changent de cap pour répondre aux demandes populaires de transparence et rendent des comptes. Nous les soutenons dans leur droit de manifester pacifiquement et encourageons toutes les parties concernées à s’abstenir de toute violence. »

Le changement peut arriver rapidement au Liban. Les dirigeants mondiaux qui ont pris part à la conférence de dimanche se sont engagés à fournir des « ressources importantes » au Liban le plus rapidement possible, ajoutant que cette aide serait fournie « directement » aux personnes dans le besoin [comme si le secours international pouvait contourner les voies officielles]. Avec le gouvernement apparemment coupé de la distribution de l’aide, il reste à voir si le Premier ministre Hassan Diab, ou le Président Michel Aoun, pourront rester au pouvoir.

Alors que Macron tentait de prendre place sur le siège du conducteur, certains commentateurs ont rapidement remarqué l’ironie du fait que le Président français prête son soutien aux manifestations anti-gouvernementales dans un pays à des milliers de kilomètres, après que ses propres services de sécurité aient gazé, matraqué et mutilé les Gilets jaunes dans son pays tous les week-ends pendant plus d’un an.

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Peu de temps après que les donateurs ont annoncé leurs dernières promesses d’aide, s’élevant à près de 253 millions d’euros, les manifestants sont descendus sur la place du Parlement de Beyrouth où ils ont lancé des pierres sur la police –un officier a été tué– et tenté de démolir des barricades bloquant l’accès au Parlement. La police a répondu avec des cartouches de gaz lacrymogène et éteint les incendies allumés par les manifestants, et les a délogés de plusieurs ministères qu’ils avaient occupé et saccageaient.

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Hassan Nasrallah a annoncé que cette tentative de « révolution de couleur », calquée sur la prétendue « Révolution du Cèdre » de 2005, révélait la faillite morale des adversaires du Hezbollah, et était vouée à l’échec :

« Je déclare à tous ceux qui, dès le premier instant, ont lancé une campagne contre nous, contre la Résistance et contre l’Axe de la Résistance, en s’appuyant sur cette tragédie : vous ne parviendrez à rien, et je vous le dis en toute franchise et en toute sincérité. Je déclare également aux masses (qui soutiennent) la Résistance, et dont certains sont peut-être inquiets, apeurés, se demandent quelle est l’atmosphère (sous-jacente), s’il s’agit d’un grand complot régional ou international, (je les rassure en leur rappelant) que la situation régionale est bien différente (de ce qu’elle était en 2005), de même que la situation internationale (nous est plus favorable que jamais). Nous sommes bien différents de ce que nous étions, de même que (l’Axe de) la Résistance (nous sommes plus forts que jamais), et il n’y a donc vraiment pas matière à s’inquiéter (pour nous) de la part de qui que ce soit. Ces gens-là (nos adversaires) courent après des mirages, comme ils ont toujours couru après des mirages. Tous leurs choix se sont toujours révélés voués à l’échec et à la défaite.

Et je dis ceci à nos adversaires : de même que vous avez été déçus et vaincus (dans toutes vos entreprises passées : Tribunal Spécial pour le Liban, guerre de 2006, guerre en Syrie, etc.), vous serez une nouvelle fois déçus et vaincus. Vous ne parviendrez à rien. Cette Résistance, par sa crédibilité, sa sincérité, par la confiance du peuple libanais envers elle, par ses batailles (victorieuses), par ses prises de position, par son attitude et son comportement, et par sa force, sa place dans le pays et dans la région, est trop grande, trop forte et trop noble pour que puissent l’atteindre (les calomnies) de certains oppresseurs, menteurs et falsificateurs de la vérité, qui incitent (en permanence) à la rivalité sectaire, et qui poussent à la guerre civile. Ils ont toujours œuvré à cela et ont toujours échoué, et ils échoueront encore. »

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